Le Grand Festival présente du 16 au 20 septembre 2020 une programmation singulière et accessible à tous qui célèbre la diversité et l’engagement artistique !

Comédiens, danseurs mais aussi personnalités de la musique, du dessin ou de la littérature : les artistes mettent leurs talents au service de la lutte contre les discriminations.
Du 16 au 20 septembre, la cinquième édition du Grand Festival conjugue mobilisation citoyenne et création artistique pour combattre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti LGBT.

Au programme: huit rendez-vous totalement gratuits parmi lesquels: un DJ set, un bal afro-danse, du théâtre, une rencontre littéraire, débats et une grande soirée pluridisciplinaire consacrée à la déconstruction des préjugés par la parole.

Ensemble, célébrons la diversité et l’engagement de la création artistique pour mieux conjurer la peur et la haine de l’autre.

Le Palais de la Porte Dorée vous ouvre grand ses portes !

Le Grand Festival est organisé avec le soutien de la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH).

Mercredi 16 septembre

Jeudi 17 septembre

– 20h Théâtre: Désobéir

Vendredi 18 septembre

Samedi 19 septembre

Dimanche 20 septembre

Histoire, mémoire et actualité des migrations 

Initialement prévue en décembre, la rencontre nationale « Penser ensemble histoire, mémoire et actualité des migrations » a eu lieu vendredi 7 et samedi 8 février, au Frac Région Centre-Val de Loire. Cet événement était organisé par l’Inter-réseaux Mémoires-Histoires, avec en délégation, le Réseau Mémoires plurielles/Centre Val de Loire.

Pendant deux jours, sociologues, anthropologues, présidents et directeurs d’associations qui travaillent sur le sujet des migrations, ont participé à des tables rondes et ateliers sur ce sujet complexe, largement instrumentalisé par les discours politiques et médiatiques.
On constate, en effet, aujourd’hui une hyper-visibilité des migrations dans les médias, symbolisée par le traitement particulièrement alarmiste de la « crise des migrants » en Europe. Pourtant, derrière ces images où l’émotion et la peur dominent, les Réseaux Histoire-mémoires connaissent bien, dans les régions, d’autres expressions plus solidaires : de multiples formes d’engagement discrètes, moins visibles, qui font néanmoins un travail d’accueil, de médiation culturelle, éducative, administrative et d’analyse du phénomène des migrations, en prenant en compte les dimensions historiques, sociologiques, économiques, culturelles et artistiques des migrations. Prendre position sur l’actualité des migrations aujourd’hui est important, et il est essentiel de la partager. Contre les traitements médiatiques et discours insatisfaisants, erronés voire dangereux, le travail de mémoire et d’histoire nous permet de rendre compte de l’actualité, de saisir le présent avec un regard informé et critique. L’inter-réseaux national Mémoires-Histoires et tous les réseaux d’acteurs sur le terrain – qui agissent en intelligence collective – constituent à n’en pas douter, un outil de lutte efficace face aux racismes, aux discriminations et à la montée de la xénophobie en Europe.

Parmi les intervenants de cette rencontre, Christophe Bertossi, directeur du Centre Migrations et citoyenneté, a pris part à une table ronde intitulée « « Crise des migrants » ? Actualité et représentation ». Retour en trois questions sur le contenu de son intervention. 

« C’est le projet européen qui s’est effondré et c’est la crise migratoire qui en a fait les frais »

Christophe Bertossi

Vous avez intitulé votre intervention « Ceci n’est pas une crise des migrants ». Et vous expliquez que la crise des migrants est en réalité le symptôme d’une crise profonde de l’Europe. Pouvez-vous développer ?  

Il y a la perception d’une crise des migrants et on ne peut pas faire comme si rien ne se passait. Il y a de l’émotion et de l’anxiété dans les sociétés européennes par rapport à l’accueil des migrants. En revanche, ce que le discours politique et médiatique dominant décrit comme une crise des migrants est en fait la crise de tout autre chose. Il s’agit profondément d’une crise de l’Europe car nous n’avons jamais résolu l’ambiguïté première de la construction européenne pour définir ce qui primait entre l’organisation européenne et la souveraineté des États. Et, sur le sujet de la migration, les États ont toujours refusé de céder des éléments de leur souveraineté en matière de contrôle des frontières et de définition de l’identité. Cette crise dite « des migrants » traduit en réalité une résistance des États membres contre la construction européenne, sur une question de souveraineté qui est une question régalienne très importante. C’est le projet européen qui s’est effondré et c’est la crise migratoire qui en a fait les frais.

Vous dites aussi que l’Europe n’a pas su appréhender avec justesse le phénomène migratoire en général. Pouvez-vous nous l’expliquer ? 

C’est en effet la crise d’un régime européen d’organisation des politiques migratoires. Le logiciel utilisé par les Européens pour se situer comme espace d’immigration dans la géographie des migrations internationales est inexact. Les Européens pensent que toutes les migrations internationales ont pour destination l’espace Schengen et, en réponse, ils ont mis en place un système de frontières extérieures très dures, ce qui fait que la Méditerranée est devenue la frontière la plus meurtrière dans le monde d’aujourd’hui. On demande aux États du voisinage d’être en charge de l’interception de tous les candidats à l’immigration irrégulière, l’Europe a mis en place un système de contrôle de frontières qui passe par l’externalisation des frontières. Or, en faisant cela, on vient perturber des mobilités dans l’espace sub-saharien, et ces mobilités n’ont rien à voir avec l’immigration vers l’Europe. Ce sont des mobilités régionales. On sait ainsi que 70% des migrants de l’espace sub-saharien restent en Afrique et sont très peu connectés aux migrations internationales. Les politiques de contrôle des frontières décidé par l’Europe, et dont les Européens ont donné la charge à des pays comme la Libye, le Maroc ou le Niger, viennent perturber ces mobilités qui n’ont pas vocation à quitter le continent africain, et cette perturbation vient augmenter le flot de personnes à destination de l’Europe. On créé le problème sous couvert de le résoudre.

Paradoxalement, vous dites également que le discours progressiste, au nom de la défense de l’égalité homme-femme ou des droits des homosexuels, finit par faire preuve d’intolérance à l’égard de la population musulmane, et par voie de conséquence à l’égard des migrants. 

S’il y a autant de résistance dans la compréhension de ce que sont les migrations, si le déni de réalité est si important sur les sujets migratoires, c’est que le sujet est devenu un enjeu politique central. Et pas seulement en France. C’est dans le contexte européen que cette crispation identitaire sur la question de l’autre s’est construite. Elle s’est construite sous la forme du musulman. Et cette question du musulman vient s’accrocher à des débats de société qui sont très compliqués sur les valeurs, le mode de vie européen. Rappelez vous que la Commission européenne a voulu créer récemment un commissaire chargé de la protection du mode de vie européen. Et dans cela, il y a la protection de l’égalité homme-femme, la protection des droits LGBT, etc. Autant il est fondamental de lutter contre toutes les formes de discrimination, autant il y a beaucoup d’usages de cet agenda de défense utilisés par les franges de l’extrême droite, mais pas seulement, pour essayer de prendre en défaut des segments entiers de la population musulmane au motif que les musulmans adhèrent à un ensemble de valeurs jugées rétrogrades et que leur aspect rétrograde les empêche d’accepter les femmes et les homosexuels comme des membres égaux des sociétés. Dès lors, c’est sur une question de valeurs, une question morale que la différence entre eux et nous peut se définir. Et cela inverse quelque chose de très important qui a organisé depuis quarante ans le débat politique et l’organisation gauche-droite, depuis l’après-guerre la question de la tolérance a toujours été portée par les progressistes. Aujourd’hui, au nom du progressisme moral sur la question de l’égalité homme-femme ou des homosexualités, on appelle à l’intolérance contre un groupe, que l’on définit comme un bloc, comme une menace. Et du coup, c’est le résultat d’un processus très lent mais qui s’accélère, une culturalisation de la citoyenneté en définitive. Les musulmans appartenant à ce bloc, acculés dans cet ensemble de valeurs rétrogrades, deviennent l’objet, au nom d’un progressisme politique, d’un appel à l’intolérance. 

Rencontre nationale Inter-Réseaux Mémoires Histoires, à Orléans les 7 et 8 février 2020.
Rencontre nationale Inter-Réseaux Mémoires Histoires, à Orléans les 7 et 8 février 2020.
Rencontre nationale Inter-Réseaux Mémoires Histoires, à Orléans les 7 et 8 février 2020.
Rencontre nationale Inter-Réseaux Mémoires Histoires, à Orléans les 7 et 8 février 2020.
Rencontre nationale Inter-Réseaux Mémoires Histoires, à Orléans les 7 et 8 février 2020.
Christophe Bertossi, lors de la Rencontre nationale Inter-Réseaux Mémoires et Histoires, à Orléans, le 7 février 2020.

Propos recueillis par Anthony Gautier pour Mémoires Plurielles